Le Théodolite HUET modèle 51

L’histoire fascinante du matériel Huet : des tranchées au modèle 51

Connaissez-vous la marque Huet ? Si vous aimez le matériel vintage et l’histoire militaire, ce nom vous dit forcément quelque chose. L’aventure de cette institution commence au tout début du XXe siècle, mais ses racines plongent encore plus loin !

Un peu d’histoire :
De la Maison Clermont à la Société Générale d’Optique (SGO)

Avant 1900, c’est la Maison Clermont (1854-1892) qui occupe le terrain. Fondée par l’opticien Alphonse Clermont au 114 rue du Temple à Paris, elle se spécialise dans la fabrication de lunettes de visée, de télescopes de tranchées et de jumelles, tant pour les civils que pour les militaires. Grâce à la qualité irréprochable de ses produits, la Maison Clermont devient rapidement l’un des fournisseurs officiels du ministère de la Guerre.

L’année 1892 marque un tournant majeur qui s’inscrit dans la continuité de cette réussite : au décès d’Alphonse Clermont, Henri Louis Huet reprend l’entreprise à son compte. Passionné d’optique et de cinématographie, Huet est un inventeur prolifique. Il dépose de nombreux brevets, dont le fameux “Diocinescope” présenté lors de l’Exposition universelle de 1900.

Cette belle lignée industrielle donnera plus tard naissance à la célèbre Société Générale d’Optique (SGO). Ses jumelles et optiques militaires “Huet Paris” équiperont massivement l’armée française durant la Première et la Seconde Guerre mondiale.

Les jumelles Huet : une petite révolution de la Grande Guerre

Jumelle Huet d'officier

Jumelles d’officiers . Photos de Alain M.

Les jumelles Huet à prismes de Porro : une révolution de légèreté et de compacité dans les tranchées de la Grande Guerre. » Photos ci dessus de Alain M.

Dès 1900, les jumelles Huet stéréo-prismatiques équipent officiellement le ministère de la Guerre. Le succès dépasse nos frontières, et d’autres pays européens (principalement la Belgique et l’Angleterre) se laissent séduire.

Qu’avaient-elles de si spécial ?

  • Leur légèreté : Huet innove en adoptant des matériaux avant-gardistes pour l’époque, comme l’aluminium.
  • Le choix des prismes : En remplaçant les longs tubes des anciennes jumelles de Galilée par des systèmes à prismes de Porro repliés, la marque réduit drastiquement la taille du boîtier en cuir et augmente la perception du relief (stéréoscopie) Résultat ? Un poids plume sans sacrifier la luminosité !

D’abord destinées à l’infanterie durant la Grande Guerre, ces jumelles s’ouvriront par la suite au grand public. Jusqu’en 1960, l’entreprise Huet continuera d’équiper l’armée française en théodolites et en matériel de pointe pour les expéditions scientifiques.

Zoom technique sur le fameux théodolite simplifié Modèle 51

Souvent appelé “Théodolite simplifié modèle 51” ou “théodolite universel”, cet instrument clé servait à l’armée pour orienter les tirs d’artillerie (mortiers et canons). Ultra-polyvalent, il trouvera de multiples applications en topographie, aussi bien chez les militaires que chez les civils.

Créé en 1951 (d’où son nom de Modèle 51), cet outil est une version modernisée du théodolite modèle 1933. Pour répondre aux exigences du terrain et des normes OTAN, Huet lui a offert une meilleure étanchéité ainsi qu’une optique parfaitement adaptée aux conditions de combat.

Théodolite Huet modèle 51
Théodolite Huet modèle 51
Le Théodolite Modèle 51 en décigrades dans sa livrée d’origine.

Un instrument militaire robuste, rustique et incassable

Côté look et technique, le Modèle 51 est conçu pour durer :

  • Un look de terrain : Habillé de sa peinture vert armée ou kaki, il est gravé de la marque HUET, du numéro de série, et de l’abréviation “MG (Ministère de la Guerre)“.
  • Ses dimensions compactes :
    Sa taille : 16.5cm de haut et 12 cm en large ; pour un poids de 2.2kg
  • Une précision militaire : Les graduations et les lectures des angles (horizontaux et zénithaux) se font en millièmes militaires. Les lectures à l’oculaire permettent d’aligner les échelles de graduation tout en gardant un œil sur le champ de vision du terrain.
  • Un boîtier compact : Le caisson de transport ci dessous , menu et peu encombrant, est fait d’un cuir épais renforcé par une plaque en bois .
boitier cuir Huet
le boitier de transport en cuir

Le trépied : du solide et le souci du détail des années 50

PHOTOS ci dessous :
le fourreau de transport du trépied et le plateau :

fourreau cuir  et plateau du trépied

Le souci du détail des années 50 : un trépied robuste en chêne et un fourreau en cuir épais estampillé “MG” (Ministère de la Guerre)

Le théodolite repose sur un trépied en bois très dur (probablement du chêne), dont le plateau supérieur est lui aussi gravé “HUET – MG”. Le souci du détail est là : les vis papillons pour le réglage en hauteur et les bêches d’ancrage au sol sont en laiton.

Pour le transport, ce trépied se glisse dans un fourreau en cuir épais doté de sangles pour un port en bandoulière. Petite touche historique : le fermoir en cuir du fourreau est estampillé “MG” et porte les initiales “JY”, très probablement la signature du fabricant de sellerie qui a conçu le sac. Un magnifique témoin du savoir-faire industriel français de l’époque !

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L’avis de l’expert : les remarques d’un géomètre sur le HUET 51
Par Gilles V., géomètre à la retraite et passionné de rénovation d’instruments anciens.

Une production partagée avec SOM et BBT Krauss

Ce petit théodolite du XXème siècle conçu pour l’armée française a été produit à l’identique par deux autres constructeurs : SOM (Société d’Optique et de Mécanique) et BBT Krauss. Les trois se retrouvent dans les années 50 à l’usage essentiellement de l’Artillerie, soit pour l’orientation des pièces, soit pour des relevés topographiques succincts. Ils sont tous estampillés :  M.G. (ministère de la guerre) où 33, 49 ou 51 ne signifie pas forcément l’année mais la référence.

 Combien ont été produits dans chacune des marques ? Difficile à dire. On peut penser que HUET en a fabriqué un grand nombre car c’est celui qu’on retrouve le plus souvent mentionné. Entr’autre sur le site du Musée de l’Artillerie de Draguignan. C’est par ailleurs celui qu’on retrouve le plus sur « le bon coin » ou sur « ebay » (théodolite d’occasion). D’ailleurs sur ces sites il est, la plupart du temps, présenté sans trépied ou éclairage et même quelquefois sans son coffret cuir. Les prix vont de 100€ à 300€ quand ils sont complets.

 L’appareil est petit, robuste, très maniable et bien conçu. Ainsi les oculaires des cercles se trouve dessous l’oculaire de la lunette. Les commandes sont directes (sans fin mouvement). et doublées pour le plan vertical et le mouvement du limbe pour l’orientation du cercle horizontal. Le déclinatoire (magnétique) très compact est pratique et très fiable. L’ensemble dégage une bonne ergonomie. Pour la mise en station, si l’on n’a pas le trépied d’origine, la fixation se fait avec un boulon M10 et rondelle en laiton sur trépied bois ou alu sans parties en acier pour ne pas perturber le déclinatoire.

Précision des mesures : l’analyse du topographe

 Dans le champ de la lunette le réticule comporte plusieurs échelles pour l’évaluation des distances dans l’esprit du colonel Goulier!

  • Sur le côté droit : échelle progressive en m à partir d’une mire de 2m.
  • Sur les 2 axes (réticule) échelles régulières exprimées en 10millièmes pour chaque graduation (marquées 50 pour 50millièmes).

Exemple de calculs topographiques : on voit un point qu’on a estimé à 300m qui se trouve à la 2è graduation à droite (20millièmes) ce qui donne : 20X300m /1000 =  6m à droite. Même raisonnement pour l’échelle verticale.                      
Pour le commun des mortels, l’appareil est d’une grande simplicité et l’apprentissage très rapide répondant ainsi au besoin militaire.

réticule et échelle de distance
Réticule et échelle de distance du théodolite du XXe siècle Huet modèle 51
Photo Gilles V. Géomètre

Par contre, pour un géomètre , on est un peu déçu. Les cercles, gradués en 6400 millièmes, sont chiffrés tous les 10 millièmes et gradués tous les millièmes. Les lectures angulaires sont donc très simples. Mais le peu de finesse des graduations et de l’index ne permet pas une estimation supérieure au demi millième, soit environ 50cm à 1km. C’est suffisant pour l’artilleur qui de toutes façons corrigera son tir à partir des données des observateurs en fonction de l’impact.

Par ailleurs le théodolite étant orienté sur le Nord, sa précision sera celle du déclinatoire avec tous les aléas magnétiques, sans parler des variations de déclinaison d’un jour sur l’autre. On touche là, la marque de la philosophie du XIXème siècle où les relevés topographiques se faisaient encore en mode décliné. Sur le champ de bataille, même après la deuxième guerre mondiale, le seul repère pour s’orienter restera la boussole et les cartes d’états-majors pour faire des relèvements. En fait l’appareil reflète bien sa génération et sa vocation. Pour l’histoire militaire cet appareil aura marqué son époque jusqu’à l’apparition du gyroscope Wild GAK 1 monté sur un T16 dans les années 70.     Appel donc à un ex artilleur, jeune retraité topo, pour nous parler de ce Gyroscope GAK1.

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Note des rédacteurs : Merci beaucoup d’avoir lu cet article. Qu’en pensez-vous ?
Que vous soyez ancien artilleur, géomètre à la retraite ou passionné d’objets anciens, partagez vos réactions ou vos suggestions en commentaire, nous lisons chacun de vos messages avec attention.

Nous lançons un petit appel à notre communauté : le manuel d’origine du théodolite reste introuvable sur les sites de vente d’occasion. Si vous possédez une copie de ce document ou si vous savez où le trouver, n’hésitez pas à nous contacter ou à nous laisser un message ( formulaire de contact ). Un grand merci pour votre aide dans la préservation de ce patrimoine historique !

Remerciements chaleureux à Alain M. pour les photos de jumelles d’officier HUET de sa collection privée , et à Gilles V. pour son analyse technique de géomètre .


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À propos de l’auteur :
Ancien géomètre, je consacre aujourd’hui ma retraite à ma passion : dénicher, restaurer bénévolement et valoriser les instruments de topographie du XXème siècle. À travers ce blog, je partage ma modeste expérience technique pour faire vivre la mémoire de ces objets de précision qui ont forgé notre histoire professionnelle.

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